dimanche 5 janvier 2025

Volontourisme : La Solidarité à Tout Prix ?

Partir à l’étranger pour aider tout en découvrant une nouvelle culture. Le concept de volontourisme mêle tourisme et volontariat, séduisant une jeunesse en quête de sens et d’expériences enrichissantes. En apparence, il semble offrir une alliance idéale entre loisirs et engagement. Mais derrière de belles promesses se cachent des réalités peu flatteuses. Cette pratique pose des questions éthiques et remet en cause les bases de la solidarité internationale.

Un modèle séduisant, mais frustrant

Le volontourisme séduit les jeunes en quête découverte et de valorisation. Les agences de voyages humanitaires permettent de choisir le pays, le secteur d’intervention et même la durée de sa mission. Mais ces séjours ne sont pas accessibles à tous car ils coûtent cher. Entre 1 500 et 2 000 euros pour deux semaines, sans compter le transport. Peu importe les qualifications, seule la capacité à payer compte.

Pourtant, une fois sur place, beaucoup de volontaires déchantent. Missions mal définies, tâches inutiles ou déconnectées des besoins locaux. Nombreux sont ceux qui finissent par privilégier l’aspect touristique de leur séjour, éclipsant toute ambition humanitaire.

Ces séjours contrastent avec les missions proposées par des ONG ou associations agréées. Ces structures, qui s’appuient sur des besoins identifiés, sélectionnent leurs volontaires pour leurs compétences. Les missions sont précises, souvent longues, et imposent des destinations déterminées. Si des frais comme les visas ou les billets sont parfois à la charge des volontaires, une indemnité ou une rémunération est généralement prévue pour garantir un équilibre.

Carricature sur le volontourisme de Pierredh, CC BY-SA 3.0, disponible sur Wikimedia Commons

Une menace pour la solidarité internationale

Le volontourisme, en mettant l’accent sur le voyage au détriment de l’engagement, fragilise les principes fondamentaux de l’humanitaire. Des campagnes menées par le CLONG (Comité de Liaison des ONG de Volontariat) et plusieurs ONG dénoncent cette dérive. Non seulement ces séjours réduisent les communautés locales à des rôles passifs, mais ils compliquent également le recrutement pour des missions sérieuses. L’image de l’humanitaire en sort affaiblie. Les valeurs de solidarité sont éclipsées par une logique de consommation, où "aider" devient une expérience payante et sur-mesure.

Les impacts sur les populations locales sont tout aussi problématiques. Ce modèle alimente des perceptions néocoloniales, où les communautés locales sont réduites à des décors pour des expériences personnelles.

Repenser l’engagement

Pour ceux qui souhaitent s’impliquer de manière éthique, des alternatives existent. Les services civiques à l’international, les bénévolats et les volontariats encadrés par des ONG agréées offrent une véritable immersion dans des projets structurés. Ces dispositifs exigent des qualifications et imposent souvent des contraintes, mais ils permettent de répondre efficacement aux besoins locaux.

La solidarité ne se consomme pas, elle se construit. Elle repose sur une coopération durable et respectueuse, où chaque geste est pensé pour bâtir un impact positif. Renouer avec ces principes, c’est préserver l’essence même de l’humanitaire et garantir des actions à la hauteur des enjeux actuels.


Léa Adam


Pour approfondir le sujet :

Site du Clong-Volontariat : www.clong-volontariat.org
Delpierre, Alizée. (2017). Quand l’humanitaire est payant : Enquête sur l’expérience de jeunes volontaires français au Ghana. Genèses, 108, 89-108. https://shs-cairn-info.docelec.u-bordeaux.fr/revue-geneses-2017-3-page-89?lang=fr&tab=cites-par


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