dimanche 5 janvier 2025

Le consentement, enfin inscrit dans la loi ?

L’inscription du consentement dans la loi française provoque de vifs débats. Le vendredi 3 janvier 2025, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a pris la parole sur France Inter. Elle a argumenté en faveur de l’inscription de la notion de consentement dans le Code pénal. Cette réforme permettrait d’aligner la France sur d’autres pays signataires de la Convention d’Istanbul, qui lutte contre les violences faites aux femmes. Pourtant, l’idée de modifier l’article 222-23 du Code pénal, qui définit le viol sans faire d’allusion direct au consentement, oppose profondément.

Photo de Cal Injury Lawyer sur Flickr

L’affaire des viols de Mazan qui implique 51 accusés, a davantage mis en lumière cette problématique. Gisèle Pelicot, droguée par son mari et violée par plusieurs hommes, a entendu ses agresseurs prétendre qu’ils ne savaient pas qu’elle n’était pas consentante. Bien que les faits indéniables aient conduit à des condamnations, 17 accusés ont fait appel et continuent de nier leur responsabilité. Pour Aurore Bergé, ce procès montre l’urgence de définir le consentement dans la loi pour renforcer la protection des victimes.

La ministre insiste également sur l’importance de l’éducation à la notion de consentement. Elle propose de relancer le programme EVARS (Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle), afin d’éduquer dès le plus jeune âge au respect du consentement. Pour Isabelle Rome, ancienne ministre déléguée à l’Égalité, ce combat est un impératif sociétal, car 70 % des affaires de viol en France sont classées sans suite.

Cependant, cette réforme se heurte à des critiques. Certains avocats redoutent une rupture avec les principes fondamentaux du droit pénal français. Par exemple, Maitre Antoine Camus, avocat de Gisèle Pelicot, pointe le risque d’une mauvaise interprétation du consentement qui pourrait se retourner contre les victimes. "On peut consentir à un acte sexuel qu'on ne désire pas pour avoir la paix, parce qu'on cherche à mettre fin à une situation de harcèlement […] il ne faudrait pas que l'introduction de la notion de consentement dans la loi sur le viol se retourne contre les victimes", avertit-il.

Certaines associations féministes partagent ces préoccupations. Elles craignent que cette réforme recentre les enquêtes sur la victime plutôt que sur l’agresseur. Pour ces associations, le viol n’est pas une absence de consentement mais "un acte de prédation et de pouvoir". Ainsi, la lutte contre cette problématique nécessite un changement des mentalités, au-delà des mots inscrits dans la loi.

Si la réforme du Code pénal semble nécessaire pour certains, elle est à manier avec précaution pour d’autres. Inscrire le consentement dans la loi serait une étape symbolique et juridique. Mais, la véritable révolution repose sur la transformation de nos mentalités et de l’éducation. La lutte contre les violences sexuelles ne saurait aboutir sans une société qui place le respect et l’égalité au cœur de ses valeurs.

Le débat reste ouvert mais une chose est sûre, inscrire le consentement dans la loi, c’est poser une question fondamentale sur la manière dont la société considère la justice, la sexualité, et surtout les droits humains.


Léa Adam 


Pour approfondir : 
https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/lutte-contre-les-violences-faites-aux-femmes-la-ministre-aurore-berge-veut-changer-la-loi-et-des-moyens-et-appelle-a-un-reveil-collectif_6992282.html

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