mardi 6 janvier 2026

Soudan, le génocide que le monde a décidé d'ignorer

Alors que l’actualité internationale est saturée par d’autres crises, un drame d’une ampleur historique se joue dans l’indifférence presque totale au Soudan. Le 27 octobre dernier, la ville d’El-Facher, dernier rempart de la région du Darfour, est tombée. En seulement trois jours, plus de 3 000 civils ont perdu la vie. Ce n'est pas seulement une guerre pour le pouvoir, c'est un massacre organisé où la faim et l'isolement sont utilisés comme des armes.

Crédits : © WFP/Hugh Rutherford

La famine comme stratégie de guerre

Pour comprendre ce qu'il se passe à El-Facher, il faut imaginer une ville totalement coupée du monde. Pendant plus d'un an et demi, les forces paramilitaires (les FSR) ont encerclé la cité, empêchant l'arrivée de toute aide humanitaire. Dans ce contexte, manger devient un acte de résistance.

Face à cet abandon, la solidarité n’est pas venue de l’extérieur, mais des habitants eux-mêmes. Des citoyens ordinaires ont créé des « salles d’urgence » et des cantines solidaires pour partager le peu de ressources restantes. Ces réseaux de bénévoles sont aujourd'hui les seuls à maintenir un semblant d’humanité là où les grandes organisations ne peuvent plus accéder. Malheureusement, sans soutien international, ces initiatives locales s'épuisent face à une violence qui ne faiblit pas.

Le poids de l'or

Pourquoi un tel acharnement sur ce pays ? La réponse se trouve sous la terre. Le Soudan est l'un des plus grands producteurs d'or au monde. Mais au lieu de profiter à la population, cette richesse est devenue une malédiction.

Le conflit est alimenté par des puissances étrangères qui soutiennent les milices en échange d'un accès privilégié aux mines. Ce sont ces financements qui permettent d'acheter des armes et de payer des mercenaires. Derrière les discours officiels, c'est donc une véritable guerre économique qui se joue, où le contrôle des ressources naturelles passe avant la survie des populations civiles.


Sortir de l’indifférence

Le plus grand défi pour le Soudan reste son invisibilité. On entend souvent que la situation est « trop complexe » pour être comprise, ou que la violence est une fatalité dans cette région. C'est un piège. La situation est au contraire très claire : des civils sont massacrés pour le contrôle de richesses qui finissent parfois sur les marchés mondiaux.

Briser le silence est la première étape de l'aide. Relayer les témoignages qui nous parviennent et soutenir les médias indépendants qui documentent ces crimes est aujourd'hui essentiel. Le sort des populations au Soudan mérite la même attention que n’importe quelle autre crise mondiale. La solidarité commence simplement par le refus de l'oubli.


Shanice Marester



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