jeudi 8 janvier 2026

Le soutien associatif dans l’accueil des migrants et demandeurs d’asile en France : cas de Bordeaux Métropole

Le 27 juillet 2017, le président de la République Emmanuel Macron s’est engagé, lors de son discours à Orléans sur le thème des migrants, à simplifier les procédures de demandeurs d’asile et à travailler à un accueil des personnes arrivant sur le sol français, mais en restant intransigeant sur la question des migrants économiques. C’était l’occasion pour lui de revenir sur les grandes lignes du « plan migrant » du gouvernement, présenté le 12 juillet 2017 par le premier ministre de l’époque, Édouard Philippe, sur la création de 7 500 places d’hébergement en plus pour les demandeurs d’asile et 5 000 places pour des réfugiés d’ici 2019. Selon le journal Le Figaro, publié le 3 janvier 2026, la France demeure en Europe l’une des destinations les plus prisées de la migration internationale. Elle avait accueilli en 2025 environ 150 000 demandeurs d’asile (145 000 à la mi-décembre), soit quasiment autant qu’en 2024, où les 153 000 demandeurs enregistrés signaient un record.

Le déboutés du droit d’asile (ceux qui se voient refuser une protection internationale et dont la proportion varie de 60 à 70% des demandeurs, selon les années) sont des dizaines de milliers à s’enraciner, au fil des ans, sur le territoire national, l’essentiel d’entre eux ne repartant pas vers les pays d’origine. À titre de rappel, en 2016, la France a constitué « un record avec près de 100 000 demandes d’asile » dont « 36 500 personnes ont été protégées au nom du droit d’asile ». À ce jour, ce chiffre ne cesse d’augmenter.

                                                                                                                     SAMEER AL-DOUMY / AFP

Depuis le début de la crise migratoire en 2015, ils sont au moins 300 000 à 400 000 migrants qui sont restés sur le territoire français, alors qu’ils avaient vocation à rentrer chez eux, après être déboutés.

Dans le cadre de ma formation, j’ai souhaité réaliser un stage dans un organisme répondant à ces enjeux (accueil des migrants et demandeurs d’asile) pour participer au développement des projets d’accueil dans un contexte d’intégration et de partenariats tant locaux, nationaux qu’internationaux, afin de me positionner professionnellement au métier de coordinateur des projets. C’est à ce titre que j’ai été amené à effectuer un stage de deux mois au sein du Diaconat de Bordeaux.

Diaconat de Bordeaux

Le Diaconat de Bordeaux est une association (loi 1901), d’origine protestante créée en 1805 par l’église réformée de Bordeaux, aujourd’hui appelée « l’église protestante unie de Bordeaux » et reconnue d’utilité publique par décret du 24 juillet 1906. L'association a pour objet la lutte contre l’exclusion sociale en proposant aux personnes un accompagnement de la rue au logement. Son objectif vise à renforcer, à accélérer et à sécuriser le parcours d’insertion par le logement, tout en ayant pour mission principale de venir en aide et soutien, sans distinction de religion, d’origine, d’idéologie ou de nationalité, aux personnes ou groupes de personnes en difficulté. Véritable laboratoire d’idées, de projets et de stratégies de mise en application des politiques publiques d’accueil des migrants et demandeurs d’asile dans le cadre de conventions signées avec l’État ou les collectivités locales, l’association assure régulièrement des missions de service d’intérêt général dans le domaine de l’accompagnement social, de l’hébergement et du logement. L’une de ses missions fondamentales reste l’insertion par le Logement.

Activités menées en stage

Pendant mon stage, ma mission s’est essentiellement focalisée sur le Service Accueil Social et le Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA). Il s’agissait d’apporter un appui aux chefs des projets dans la conception et dans la mise en place des projets sur des ateliers d’animation. En ce sens, ma mission principale s’est orientée vers la conception de deux projets destinés à développer les actions du CADA de Diaconat de Bordeaux, notamment les ateliers d’animation sur l’intégration à la société française (apprentissage de la langue française) et ceux de valorisation des talents des migrants et demandeurs d’asile sur Bordeaux Métropole. La question des conditions d’accessibilité à l’offre de service et de prise en charge des migrants au sein de l’association a également fait l’objet d’agenda, suivie de deux autres projets proposés, pouvant développer et améliorer les actions du Service Accueil Social de l’association sur l’accueil du public, en particulier, les migrants. Les actions proposées dans ce dernier cas ont fait l’objet de ma mission secondaire, traduite en deux types d’ateliers, notamment les ateliers sur le logement et sur l’emploi.

Ce faisant, j’ai essayé de comprendre comment, par leurs pratiques, le Service Accueil Social et le CADA du Diaconat de Bordeaux facilitent l’accueil et la prise en charge, en coopération avec les autorités locales, des personnes migrantes et des demandeurs d’asile, avec un accompagnement personnalisé et peuvent favoriser le développement d’actions dans les lieux d’appartenance, d’intégration et d’insertion sociale en les aidant à devenir autonomes. Il convient de souligner que l’accès à un CADA dépend d'une orientation décidée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). 

Une fois la demande d'asile enregistrée auprès d'une structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA), puis en préfecture au guichet unique, l'OFII évalue la situation de la personne pour déterminer si un hébergement peut être proposé. En cas d'une suite favorable, la personne est hébergée au CADA dont le séjour peut aller de 6 mois à 2 ans. Les différentes missions réalisées pendant mon stage m’ont permis de confirmer ces jeux d’alliance entre acteurs (l’État, les collectivités locales et l'association Diaconat de Bordeaux), qui interfèrent localement dans la définition et l’application de politique d'accueil des migrants et demandeurs d'asile.

À l’évidence, force est de constater qu'aujourd’hui, l’État n’est plus le seul acteur, pris individuellement, dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques d’accueil de cette catégorie des personnes. Les fonctions stratégiques de cette politique sont actuellement décentralisées, déléguées et contractualisées entre les services déconcentrés de l’État et les associations. Le milieu associatif est donc devenu « l’instrument de la solidarité organisée par l’État » (Brino Rebelle, Fabienne Swiatly, Paris, 1999, p. 40.). C’est dans ce sens que l’on peut comprendre les différentes conventions signées entre le Diaconat de Bordeaux et l’État ou les collectivités locales, agissant ensemble dans la construction et l’application des politiques publiques pour l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. C’est à partir d’ici que le Diaconat de Bordeaux intervient, depuis l’ouverture de son CADA en mai 2016, comme une courroie de transmission dans l’application de ces politiques publiques, en coopération avec l’État ou les collectivités locales et d’autres acteurs locaux. 

 

                                                                                           António LUEMBA


Bibliographie 


Brino Rebelle, Fabienne Swiatly, Libres associations. Ambitions et limites du modèle associatifs, Paris, 1999, p. 40.

Pascal Brice, « Le droit d’asile doit être dissocié de la politique migratoire », l’opinion, Paris, 12 juillet 2017, p. 2.

Pour plus de détails : 


https://www.lefigaro.fr/actualite-france/les-demandeurs-d-asile-toujours-aussi-attires-par-la-france-20260102

Pays : France

Ville : Bordeaux Métropole 

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