samedi 28 décembre 2024

“Le sacre du sucre”, retour sur la soirée du 17 octobre à l’Espace Jéliote

La compagnie guadeloupéenne Trilogie Lénablou a conçu une chorégraphie faisant référence à la culture de la canne à sucre dans les Caraïbes. Dans ce spectacle, la danseuse est accompagnée de deux musiciens. Ensemble, ils nous montrent les conséquences de l’histoire esclavagiste sur le corps et ses mouvements. 


Une représentation de leur pièce a eu lieu le 17 octobre dernier à 20h30 à l’Espace Jéliote d’Oloron Sainte-Marie (64). Deux classes de collégiens étaient présentes dans la salle. Plus tard, ces élèves inscrits en troisième analyseront en classe la représentation à laquelle ils ont assisté. 


A travers la danse, la compagnie nous décrit le “déséquilibre corporel” que ce passé colonial a provoqué chez les personnes caribéennes et afro-américaines. Dans cette pièce, les trois artistes dansent leurs maux. Selon eux, ce spectacle n’est pas une revendication, mais plutôt une démonstration. 


Démonstration d’un désordre, d’un chaos, qui se transforme finalement en quelque chose de beau. Pendant 50 minutes, nous pouvons les voir danser et chanter aux rythmes des percussions qui les accompagnent. Nous les apercevons d’abord tous les trois dans le silence et dans le noir, bougeant, ensemble puis séparément, chantant à l’unisson ou en se répondant. Le spectateur, s’il est étranger à la culture des Caraïbes, ne peut qu’être surpris, intrigué par ce qu’il découvre. 


Les trois artistes s’expriment à travers le “gwoka”. Il s’agit d’une danse traditionnelle et plus généralement d’un style musical né en Guadeloupe. Le gwoka associe la danse, le chant et la musique. 


A la fin de leurs représentations, ils invitent les spectateurs à rester pour expliciter leur spectacle. Lénablou, docteure en anthropologie de la danse, y explique par ailleurs que la façon de bouger, de se déplacer, de danser des guadeloupéens est étroitement liée à leur passé. Ils ont hérité des traumatismes de leurs ancêtres et ceux-ci sont somatiquement visibles. 


La chorégraphe a donc créé ce spectacle pour rendre artistique un travail jusqu’alors scientifique. Avec “Le sacre du sucre”, elle peut décrire, sans avoir besoin de parler, les conséquences dévastatrices et durables qu’a eu l’esclavage. 


“Le sacre du sucre” est un spectacle qui peut sembler déroutant au premier abord, mais qui permet de réaliser quelles traces les violences entre les hommes peuvent laisser. 



Photographie de Lénablou durant une représentation, disponible sur le site de l’Espace Jéliote

https://www.jeliote.hautbearn.fr/event-details/le-sacre-du-sucre



Jodie HUMBERT